Consommation 28 avril 2010 | 19:00 | 1 commentaire
La colle à viande
Une nouvelle technique pour nous vendre des déchets ou mélanger plusieurs morceaux d’animaux, et pourquoi pas plusieurs viandes entre elles. Et surtout on voit s’éloigner la pièce de boucherie et l’animal. Il ne reste que le terme « viande », impersonnel, neutre… presque technique.
Pascal Farcy pour Univers Nature
Colle à viande : des eurodéputés tentent de s’opposer à sa légalisation
La colle à viande, une substance organique qui entraîne la coagulation du sang est plus particulièrement utilisée en milieu médical. Mais le Conseil européen et la Commission européenne entendent élargir son utilisation aux préparations de viandes et viandes préemballées destinées à la consommation humaine, en y légalisant le recours à la thrombine bovine et à sa déclinaison porcine. Une démarche à laquelle s’oppose la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen, par 31 voix contre 21.

Alors que le vote de la commission ENVI doit être confirmé lors de la session plénière du parlement européen en mai, une telle légalisation des thrombines bovine et porcine permettrait d’assembler divers morceaux de viandes pour constituer une seule et unique « pièce », à l’insu des consommateurs finaux. On imagine ainsi facilement l’utilisation que pourraient en faire les industriels, restaurateurs, et autres professionnels de la filière viande … »
Site web de la Commission ENVI
Photo Flickr © splorp, licence Creative Commons
Par Marie Herbet pour Le Figaro
Veto du parlement européen sur la «colle à viande»
Les eurodéputés ont refusé la légalisation d’un additif alimentaire, la «thrombine», qui permet l’assemblage de morceaux de viande en vue de former une pièce homogène.
Prenez des copeaux de viande, appliquez une colle extraite de plasma sanguin animal et laissez reposer. Vous obtenez un morceau de viande tout neuf que les supermarchés vendent sous vide avec une étiquette mentionnant la présence de «viande reconstituée». Ce scénario, courant aux Etats-Unis, aurait pu devenir réalité en France si le Parlement de Strasbourg n’avait pas adopté mercredi une résolution retoquant l’application d’une telle recette.
Ce nouveau procédé de fabrication, uniquement destiné aux viandes préemballées, était pourtant attendu par les industries agro-alimentaires qui y voient un moyen d’optimiser l’utilisation des chutes de viande. En outre, la colle à viande arrangerait les affaires du consommateur en quête de prix cassés : «On peut imaginer que la viande contenant de la thrombine soit moins chère», explique Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen à la santé.
Le procédé a emporté l’adhésion des Etats membres, qui se sont presque tous ralliés à l’idée de la Commission européenne. Seul le Danemark l’a rejetée, l’Italie s’étant quant à elle abstenue. La France, qui fait de la gastronomie un fleuron national, a non seulement soutenu la proposition de Bruxelles, mais elle l’a également anticipé. Entre 2003 et 2005, le pays a en effet autorisé la reconstitution de viande ou de poisson à partir de thrombine.
«Dans la mesure où tous les critères nécessaires à son autorisation sont remplis, pourquoi ne pas légaliser un produit qui présente des avantages certains ?», s’enquiert Françoise Grossetête. Pour l’eurodéputée du Parti populaire européen, interdire la colle à viande revient à céder «à l’opinion publique en adoptant un comportement émotionnel. Il est plus facile d’interdire que d’expliquer pourquoi on l’autorise», avance-t-elle.
«Un beau symbole»
Mais pour les rangs écologistes, les bénéfices supposés de la colle à viande restent fallacieux. «On présente cette initiative sous un aspect social en disant que la viande doit être accessible à toutes les bourses. Mais il y a organisation de la tromperie du consommateur, les gens moins armés pour comprendre ce qu’ils achètent n’auraient pas pu savoir ce que contient le produit», affirme Corinne Lepage, élue au sein de l’Alliance des démocrates et libéraux européens.
Les pourfendeurs de la thrombine voient dans l’usage de cette substance une invitation à la malbouffe. En agrégeant les bas morceaux de volaille et de porc, «on va donner naissance à des steaks nouvelle génération», s’inquiète Michelle Rivasi, députée Europe Ecologie. Les doléances portent également sur les risques sanitaires. Le rapport de l’autorité européenne de sécurité des aliments, qui concluait à l’innocuité de la thrombine en 2005, peine à convaincre une partie de l’hémicycle européen. Alors que certains pointent le manque d’indépendance des experts qui siègent au sein de cette instance, Michèle Rivasi regrette «l’absence d’étude sur les conditions d’extraction du plasma sanguin». Une telle lacune laisse selon elle planer le doute sur les risques de contamination bactériologique des patchworks de viande imbibés de thrombine.
Après s’être illustré sur les sujets environnementaux, le Parlement européen innove en contrecarrant pour la première fois de son histoire un texte relatif à la santé. «Un beau symbole» et une façon de «renvoyer la Commission européenne dans ses cordes», observe José Bové. Et l’ex porte-parole de la Confédération paysanne de glisser un mot pour les agriculteurs : «Dans un contexte où les producteurs vivent des crises à répétition, je m’étonne de voir une proposition qui vise à vendre la viande moins cher.»
Le projet de directive sur les additifs alimentaires proposé par la commission européenne ne sera toutefois pas envoyé aux oubliettes. La thrombine est exclue du champ législatif mais «on représentera un texte comprenant 21 autres additifs», rappelle Frédéric Vincent, porte-parole auprès de la Commission.

Le 19/05/2010
Les eurodéputés ont refusé la légalisation d’un additif alimentaire, la «thrombine», qui permet l’assemblage de morceaux de viande en vue de former une pièce homogène.
http://www.lefigaro.fr/conso/2010/05/19/05007-20100519ARTFIG00495-veto-du-parlement-europeen-sur-la-colle-a-viande.php