jeu 23 février 2012

Consommation, Economie, Environnement 29 juin 2011 | 8:24 | 1 commentaire

Carburant : plus il y a d’éthanol, plus on consomme

Univers Nature, le 29 juin 2011, par Cécile Cassier

Afin de comparer la consommation à l’usage des carburants 95E10 (1) et 98E5 (2), des scientifiques du centre de recherche technique VTT de Finlande ont testé six automobiles usagées, de divers modèles. Fabriquées de 1999 à 2010, les voitures acceptaient le carburant E10 selon le constructeur. Pour les besoins de l’étude, le laboratoire finlandais des douanes a évalué la quantité d’éthanol intégrée aux carburants. La proportion d’éthanol était de 4,7 % pour le carburant E5 et de 9,4 % pour l’E10.

Réalisés dans des conditions de laboratoire, les tests ont écarté les autres facteurs influant sur la consommation de carburant. Selon les conclusions de ces travaux, les automobilistes doivent s’attendre à consommer davantage avec le super 95E10 qu’avec le précédent 95E ou le 98E5 actuellement disponible à la pompe. Sur 100 km, les automobiles testées ont consommé, en moyenne, 10,30 litres de 95E10 contre 10,23 litres de 98E5. La différence de consommation est donc de 0,07 litre en faveur du super 98E5, l’utilisation de super 95E10 augmentant de 0,7 % la consommation.

On distingue deux grandes filières d’agrocarburants : la filière éthanol concernant les véhicules essence et la filière des huiles végétales, s’appliquant aux motorisations diesel. La filière éthanol comprend le bioéthanol, obtenu par fermentation de sucres issus de céréales ou de plantes sucrières, l’ETBE (éthyl-tertio-buthyl-éther) issu d’une synthèse de bioéthanol et d’isobutylène, l’E85 composé d’essence et de 85 % d’éthanol, et l’E10 (10 % d’éthanol) disponible dans l’Union européenne depuis avril 2009. La filière des huiles végétales repose sur l’EMHV (ester méthylique d’huile végétale), ou « biodiesel », obtenu par estérification d’huile de colza, de tournesol, de palme ou de soja. Plébiscités comme une alternative aux énergies fossiles, les agrocarburants concurrencent les productions de denrées alimentaires. Se basant sur l’objectif européen d’intégration de 10 % d’agrocarburants dans les transports d’ici 2020, une étude parue en novembre 2010 s’est intéressée aux matières premières mobilisées par ce type de carburants. Selon elle, en 2020, la consommation d’agrocarburants proviendra à 92 % de matières premières alimentaires, correspondant à l’équivalent de 24,3 millions de tonnes de pétrole, répartis en 72 % de biodiesel et 28 % de bioéthanol. Les surfaces agricoles européennes ne pourront assurer qu’environ 50 % de la production de bioéthanol et 59 % de celle de biodiesel. Le reste devra être importé. Face à un tel scénario, se profile un accaparement des terres des pays du Sud, avec de lourdes répercussions sur la sécurité alimentaire de ces pays. Mais les méfaits de la course aux agrocarburants s’observent déjà. Principale huile végétale entrant dans la composition des agrocarburants au niveau européen, l’huile de palme est à l’origine de déforestation massive et d’expulsion de populations autochtones dans de nombreuses régions du monde.

Cécile Cassier
1- Le « supercarburant sans plomb 95-E10 » ou « SP95-E10 » est composé à 90 % d’essence sans plomb et à 10 % d’éthanol. En France, l’éthanol est un alcool produit majoritairement à partir de la betterave, plante riche en sucre, et de blé, plante riche en amidon.
2- L’essence sans plomb 98 actuelle peut contenir jusqu’à 5 % d’éthanol, à l’instar de l’essence sans plomb 95.
Photo : © 50/50 Day 45 Par Mazelo – Flickr

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